Le mercredi 3 mars dernier, le président de la République, Denis Sassou Nguesso, dévoilait le logo du cinquantenaire de l’indépendance nationale, au cours d’une modeste cérémonie en sa résidence privée au quartier, en présence des membres du comité national d’organisation du cinquantenaire. A cette occasion, le président de ce comité, le ministre d’Etat Isidore Mvouba, a prononcé l’unique allocution qui a marqué cette cérémonie, et dans laquelle il rappelle que selon le vœu du chef de l’Etat, «ce cinquantenaire doit être inscrit dans une vision active, dynamique, prospective et stratégique». Voici, ci-après, l’intégralité de cette allocution.
 |
|
Isidore Mvouba |
Le 15 août 1960, le Congo faisait son entrée dans le concert des nations indépendantes, après plusieurs décennies passées sous le joug colonial. Depuis, le temps a passé. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Bon an mal an, le Congo a convolé en justes noces, avec les déesses de l'histoire, à travers mille et un soubresauts, à travers moult aléas, comme la vie sait en disposer.
Après avoir dansé sous les sirènes de l'indépendance «cha-cha», le Congo a tôt fait de tutoyer les avatars de la réalité révolutionnaire, période de grande passion politique où le génie de la lucidité a, parfois, sinon souvent, laissé libre cours à la frénésie militante. Au passage, la Révolution a dévoré quelques uns de ses propres enfants. L'histoire répètera, comme un leitmotiv: «Plus jamais ça, plus jamais ça, plus jamais ça», et pourtant, et pourtant le sang coulera encore...
Mais, l'histoire n'est jamais orpheline, car bientôt, l'alchimie de la vie et le clin d'œil du destin vont, bientôt, jeter leur dévolu sur un jeune officier progressiste, qui sera l'homme de l'unité, le bâtisseur inspiré qui va opérer la mutation historique que l'ère du temps avait rendu inéluctable. Témoin privilégié et acteur avisé d'une bonne partie de l'histoire de notre pays, c'est à Denis Sassou Nguesso, puisque c'est de lui qu'il s'agit, que revient, une fois de plus, l'honneur d'ouvrir la page de cette marche cinquantenaire, concrétisée ce jour, par la présente cérémonie de dévoilement du Logo.
Monsieur le Président,
Par ce geste, vous allez symboliser votre désir constant d'interroger l'histoire, votre souci permanent d'emmener le peuple congolais à un devoir de mémoire, votre détermination inaltérable à mettre la mémoire collective à l'abri de l'oubli, un péché contre lequel il n'y a point de rémission. Ne dit-on pas qu'un peuple sans mémoire est voué aux gémonies?
En 1991, devant la démission quasi générale des compagnons des trois premières décennies de l'indépendance, devant le risque de bannissement de la mémoire collective, vous preniez sur vous, la responsabilité d'assumer, aussi bien pour les générations passées que présentes, les faits et méfaits de notre histoire.
Ce fut, là, une grande leçon de l'histoire postindépendance qui est, en même temps, un acte de courage et de clairvoyance politique. Je vous entends encore dire, je cite: «Le mal, je suis donc seul à l'assumer, et je l'assume, à titre collectif et individuel, au nom de tous les dirigeants de ce pays qui ne sont plus. Moi, j'assume, pour nous tous, tout notre passé, toute cette histoire commune dans ses errements comme dans ses mérites. Je dis à notre peuple que si de graves erreurs ont été commises, seule la volonté de faire le bien toujours nous guidait». Fin de citation.
Ces paroles de sagesse résonnent encore aux oreilles du peuple congolais, tant elles ont marqué les esprits et ouvert la voie à l'aboutissement heureux de la Conférence nationale.
Ce jour-là, vous attiriez l'attention de l'opinion nationale en disant, je cite: «Les comportements passés, répréhensibles ne sont l'apanage ni d'un homme seul, ni d'une tribu, ni d'une région, ni d'un pays, ni d'un continent». Fin de citation.
En 2004, accédant à la demande de la famille de De Brazza, relative au rapatriement des restes mortels de l'illustre explorateur, Pierre Savorgnan De Brazza, vous invitiez le peuple congolais à assumer, sans état d'âme, cette page de l'histoire, en érigeant, en son honneur, un Mémorial qui fait partie intégrante du Musée de l'histoire du Congo. Cette démarche, Monsieur le Président de la République, procède de votre volonté de réconcilier, à jamais, le Congo avec son histoire, en somme de réconcilier le Congo avec lui-même.
C'est vraisemblablement le sens que vous donnez au Cinquantenaire de l'indépendance, dont la célébration se fera suivant vos orientations, dans la méditation, la paix et l'unité retrouvées. Mais, au-delà du caractère festif de cette date anniversaire, vous avez donné un contenu particulier à cette célébration.
Pour vous, le cinquantenaire doit être inscrit dans une vision active, dynamique, prospective et stratégique. Le Peuple congolais tout entier a compris que, pour vous Monsieur le Président, le Cinquantenaire est à la fois une symbolique, une problématique, une perspective.
Une symbolique, parce qu'il est un repère important, un terreau devant servir à féconder notre action sur le chemin du développement. II reste un symbole de liberté et d'attachement aux valeurs sacrées de la République dont vous avez fait votre credo. Une problématique, parce qu'il est un cogito.
Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Quelles sont nos chances pour prendre un rendez-vous stratégique avec l'histoire? Au total, il s'agit d'une problématique de l'espérance.
Une perspective, Monsieur le Président, parce que vous n'avez jamais cessé de dire, je cite: «Il faut qu'il y ait une génération qui s'affirme pour sauver le Congo, parce que, comme vous aimez à le dire, demain, c'est déjàaujourd'hui». Ici, nous touchons du doigt, la liaison dialectique qui relie le Chemin d'avenir à la Nouvelle espérance. Ici est le chemin vertueux de la modernisation et de l'industrialisation du Congo.
Pour tout dire, les membres du Comité national d'organisation du cinquantenaire de l'indépendance nationale ont une grande responsabilité. En effet, il leur revient de mettre en musique la forte ambition du Président de la République, telle que rappelée plus haut, en mettant au cœur de leur action une exigence d'efficacité et de résultat.
Le logo, dont le dévoilement se fera dans un instant par vos soins, est à mettre au compte de cette action. Symbolisant le caractère citoyen de l'évènement et pour des raisons de transparence, le logo du cinquantenaire de l'indépendance a fait l'objet d'un appel à la concurrence.
Ce logo résume, à tire d'aile, 50 ans d'une histoire bouleversée et bouleversante, 50 ans d'une histoire passionnée et passionnante qui montre un peuple jaloux de ses acquis, de son indépendance et de sa liberté.
Monsieur le Président de la République,
Nous venons de constater, au fil de cette saga, que vous êtes, en soi, un facteur de stabilité et un gage de succès pour le Congo d'aujourd'hui et de demain. Restez comme vous êtes; suivez votre chemin. L'avenir vous sourit autant qu'il sourit au Congo notre pays bien aimé. Je vous remercie pour votre bien aimable attention.