Si l’on veut construire une vraie démocratie, il faut améliorer nos pratiques

La démocratie, dans notre pays, est, inexorablement, en marche, avec la tenue régulière des élections, moments décisifs qui permettent au souverain primaire, c’est-à-dire au peuple, de choisir, librement et en toute responsabilité, ses dirigeants ou ses représentants. Le scrutin législatif, dont le premier tour s’est déroulé, dans la paix, le dimanche 15 juillet dernier, en est, indubitablement, la manifestation. Le peuple congolais a fait le choix de la démocratie et jamais plus rien ne l’en détournera.


Cependant, au regard du comportement des acteurs engagés dans le processus électoral, aussi bien au niveau de l’organisation que dans la compétition; au regard des irrégularités et des fraudes récurrentes qui caractérisent le vote dans notre pays, de la manifestation criante des antivaleurs, parmi lesquelles l’achat de conscience et, surtout, de l’important taux d’abstention qui traduit le désintéressement de la majorité des Congolais à la chose électorale, il y a des soucis à se faire, pour peu qu’on aime ce pays. Si c’est de cette manière que les Congolais veulent faire la démocratie, alors, il serait mieux de militer pour un retour au parti unique. Après tout, la Chine et son développement socio-économique foudroyant, avec son mirobolant taux de croissance, n’est-il pas un pays à parti unique courtisé même par les plus grandes démocraties occidentales?
On ne peut pas vouloir de la démocratie et faire le contraire, dans sa pratique. L’élection démocratique suppose l’égalité des chances entre compétiteurs, le respect de l’adversaire qui n’est pas un ennemi, la transparence et l’équité dans le processus d’organisation des votes, le libre choix, la sanction contre ceux qui marchent en dehors des lois établies, le respect des voix régulièrement exprimées dans les urnes, le règlement équitable des contentieux, la justice, etc. La fraude devrait être sévèrement punie, par la disqualification des candidatures, pour décourager ceux qu’elle tente.
Le  premier tour des élections législatives vient de nous démontrer, en grande partie, tout le contraire. Tout est permis, pourvu de s’en sortir et que la fin justifie les moyens: menaces, intimidations, tribalisme, tricherie, trafic d’influence, partialité de l’administration publique, usage personnalisé des moyens et des fonctionnaires de l’Etat… On aura tout vu. Le vendredi 13 juillet, jour de clôture de campagne, pour le premier tour, à Vindza, on a frôlé la catastrophe, car des dirigeants politiques n’ont pas hésité à réveiller de vieux démons. Bref, beaucoup de candidats ont recouru à des pratiques sanctionnées par la loi, pour vouloir gagner. Hier, on a parlé de la démocratie de l’intimidation. Faut-il, aujourd’hui, parler de la démocratie de la tricherie? Il nous est nécessaire d’apprendre que la démocratie est un régime de respect des valeurs, de l’honnêteté avec soi-même, d’abord, de modestie, de dialogue, de l’écoute des autres, de compétence, etc.
Mais, dans ce tableau électoral noirci par la manifestation des antivaleurs, il y a lieu, tout de même, de reconnaître qu’il y a des candidats qui ont obtenu leur victoire à la loyale, dans l’honnêteté, à la sueur de leur front. Ils ne sont pas nombreux, mais ils honorent notre démocratie, car ils donnent le bon exemple à suivre. Une élection démocratique, c’est comme un examen d’Etat: le candidat doit gagner, sans tricher.
Notre système électoral a besoin de crédibilité et, pour cela, le vote démocratique doit être équitable et transparent. Pour l’être, il y a des réformes à opérer et des sanctions à prendre contre ceux qui marchent sur les lois établies. Car, si l’on veut de la démocratie, tout homme politique congolais devrait se préoccuper du taux d’abstention si élevé, qui est la manifestation du malaise qui existe au sein de notre démocratie. On ne peut plus continuer d’en être indifférent. Si l’on veut construire une vraie démocratie, il faut améliorer nos pratiques.

Joachim MBANZA

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